Collection POLIS ACADEMIE éditions Le Bord de l'eau, un antidote à l'enracinement malheureux

Billet écrit suite à la conférence organisée le 31 mars à Bordeaux par la chaire Deleuze (Fondation Bordeaux Université)
avec Eloi Laurent et Patrick Boucheron : Peut-on avoir confiance en l'avenir ? 

Les éditions LE BORD DE L’EAU ont lancé récemment une nouvelle collection au nom inattendu mais vraiment bien trouvé de POLIS ACADEMIE. La collection vise à diffuser la réflexion engagée au sein de la chaire « Gilles Deleuze » de la fondation Bordeaux Université, sur l’articulation entre transition écologique et développement de la démocratie à l’heure de la métropolisation.

La chaire Deleuze accueille chaque année une personnalité pour partager un regard pluridisciplinaire (économique, sociologique, philosophique ...) sur un thème d’étude qui intéresse à la fois le monde universitaire, la métropole et les acteurs socio-économiques (entreprises, citoyens ...). Depuis 2013, la chaire mène une réflexion sur le thème de la justice environnementale. Ont été ses invités : en 2013 Cynthia Fleury philosophe politique, en 2014 Mireille Delmas-Marty professeur de droit au Collège de France, en 2015 Eloi Laurent économiste et en 2016 Patrick Boucheron professeur d’histoire au Collège de France.

Chacun de ces invités est appelé à écrire un ouvrage de la collection POLIS ACADEMIE et le deuxième à ouvrir le bal est Eloi Laurent avec « A l’horizon d’ici : Les territoires au cœur de la transition social-écologique » (après Mireille Delmas avec « Village mondial »). J’ai découvert cette collection le 31 mars dernier, à l’occasion de la conférence organisée par la chaire Deleuze et au cours de laquelle Eloi Laurent et Patrick Boucheron nous ont parlé de confiance en l’avenir.

Pour avoir assisté à plusieurs conférences de la chaire, je voudrais saluer la qualité des interventions : intelligentes, claires et accessibles au plus grand nombre, à la fois populaires et de haut niveau. Le livre d’Eloi Laurent ne déroge pas à la règle et je vous recommande vraiment de dévorer ce petit livre (par la taille – 68 pages) pour le prix de quatre pains au chocolat (6 euros), de le surligner, l’annoter, pour y revenir autant que besoin.

 

L’émancipation par la connaissance

Nous vivons une période de transitions multiples dans un jeu d’interdépendances complexes. Mais aussi une période où les résistances à l’œuvre sont grandes, avec son lot de fake news ou encore de discours bienpensants qui ne donnent pas matière à bien penser.

Dans ce contexte, l’ouverture à des regards pluridisciplinaires (d'économistes, philosophes, historiens, juristes ...) me paraît être une urgence absolue. Oser s’intéresser à des domaines qui semblent inaccessibles, essayer, lire, écouter, en parler ... pour mieux comprendre, enrichir sa pensée et développer une opinion autonome.

Comme l’a souligné Patrick Boucheron le 31 mars, l’émancipation par la connaissance permet à chacun de « s’affranchir de ce qui le gouverne et le domine ».

La connaissance est d’abord une liberté, celle de pouvoir être insensible à la démagogie, critique envers les consensus insatisfaisants et positif vis à vis de la diversité. C’est aussi une égalité, celle de pouvoir ouvrir des controverses positives, débattre pour trouver ensemble de nouveaux équilibres. Une chance de développer nos « capacités » au sens d’Amartya Sen c’est à dire de se donner « les possibilités réelles de vivre », évidemment là où nous habitons, travaillons ... dans nos territoires.

J’y vois un antidote à l’enracinement malheureux (pour reprendre la formule « des enracinés malheureux » de Patrick Boucheron), tant il est vrai qu’aujourd’hui le lieu de vie est devenu un facteur d’inégalités comme nous l’explique Eloi Laurent. A ceci s’ajoute une mobilité géographique de plus en plus contrainte qui se manifeste notamment par le développement de la précarité de mobilité.

Alors bien sûr la connaissance ne peut pas tout mais c’est une porte ouverte vers l’action individuelle et collective. Le terreau d’un enracinement heureux à partir duquel nous pouvons être les acteurs des changements à l’œuvre et regarder avec confiance « à l’horizon d’ici » !

Caroline Alazard