Sommes-nous encore modernes ?

"Le processus de modernisation fut accompagné d’un projet moderne qui constitua jusqu’au 20e siècle le versant politique du devenir technologique et économique. La modernisation contemporaine se poursuit désormais indépendamment du projet moderne, et même contre lui." (Bernard STIEGLER)

La modernité est devenue un concept qui s’inscrit à la fois dans le champ philosophique, sociologique, historique et artistique. Elle a donné lieu à de nombreuses critiques et ré-interprétations : anti-modernité, post-modernité, nouvelle modernité, modernité réflexive, modernité radicale, modernité liquide, modernité métisse … C’est un concept subjectif qui ne fait pas consensus.

La modernité a son origine dans le processus de modernisation planétaire qui s’est enclenché en Europe à partir de la Renaissance et qui a conduit à la 1ère révolution industrielle puis à l’expansion du capitalisme. Processus qui s’est fondé sur l’économie, la science expérimentale et ses applications, et le projet humaniste et universel issu des Lumières (démocratie, liberté individuelle, égalité des sexes et des races, liberté de la presse et des opinions).

Pour autant la modernité n'est pas universelle car elle s'inscrit dans une époque et dans un territoire.

La modernité est une proposition. Elle doit incarner un projet sociétal moderne. C’est parce qu’elle incarne un projet que la modernité est différente de la modernisation qui est un processus.

La modernité doit rechercher un progrès pour l’humanité (mettre l’humain au centre), donner l’envie du futur (espérance). Elle trace un chemin soutenu par une vision d’avenir (donner un sens) et une volonté qui sont partagées à la délibération de tous (démocratie, débats citoyens, gouvernance / ne peut pas être imposée). Compte-tenu de l’évolution rapide des technologies, c’est un projet qui doit être en perpétuelle délibération. 

C’est la modernité qui donne du sens à la modernisation. La modernisation sans modernité fait courir un risque à l’humanité : force technologique sans valeurs et sans gouvernance.
Voir à ce sujet l'interview de Barack Obama pour WIRED

Caroline Alazard