Participation citoyenne à la transition : prendre part, apporter sa part et recevoir sa part

La 22ème Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP22) a adopté le slogan Le temps de l'action, une façon de reconnaitre que nous devons passer de la sensibilisation à l'agenda des solutions.

Solutions mais lesquelles ? L'innovation technologique et l'évolution de l'offre de biens et services sont certes essentielles, mais ne seront pas suffisantes si nous voulons rester sous le seuil d'une augmentation de 2° de la température terrestre. En d'autres termes, la transformation des pratiques de consommation devient incontournable et le "citoyen-consommateur" un acteur clé de la transition écologique et énergétique. Mais cette transformation ne se décrète pas. Elle ne peut se fonder que sur une participation au quotidien.    

PARTICIPER est un mot simple mais aussi très riche qui porte en lui trois significations.

Participer c'est d'abord "prendre part". C'est d'ailleurs le sens qu'on lui donne communément.

Mais Participer veut aussi dire : "apporter sa part" et "recevoir sa part".

Apporter sa part, c'est "CONTRIBUER" à une transformation collective qui demande qu'on l'on se transforme aussi soi-même. Contrairement au citoyen-objet que l'on cherche à INFLUENCER, par exemple avec ce qu'on appelle les "nudges", ces coups de pouce qui prétendent nous faire agir sans effort et sans conscience, contrairement au citoyen-consommateur qui est assisté individuellement avec des outils qu'il doit savoir utiliser, le citoyen-contributeur est mis en capacité de FAIRE :

  • Il contribue à un projet collectif qui devient le sien.
  • Il comprend les enjeux, partage les objectifs, le comment on y va ensemble et le comment on réussit ensemble.
  • Il est accompagné avec des dispositifs de proximité qui tiennent compte des spécificités de son lieu de vie.
  • Il partage les équipements, les services et pourquoi pas bientôt les objets connectés.
  • Il exprime aussi sa créativité en proposant des initiatives.
  • C'est un citoyen autonome qui dispose grâce au numérique des outils pour progresser et se relier.

Participer c'est aussi recevoir sa part et ce troisième sens du mot participer, on a tendance à l'oublier. Dans le cas de la transition énergétique : Est-il préférable d'investir la quasi-totalité de nos moyens financiers dans l'intelligence technique au risque de perdre en efficacité ? Ne vaut-il pas mieux partager avec les citoyens la valeur économique qu'ils auront contribué à créer en participant à la transition énergétique de leur lieu de vie ? Ne serait-ce pas une façon de garantir que les objectifs environnementaux et économiques seront au rendez-vous ? C'est peut être là que se situe le changement de paradigme : dans un nouveau partage économique "gagnant – gagnant", fondé sur la co-responsabilité, la réciprocité et la solidarité. 

La valeur en euros de la participation, nous pouvons aller la chercher dans des gisements d'économies et des gisements de ressources, gisements pas assez exploités aujourd'hui.

Les gisements d'économies, c'est utiliser mieux et moins les équipements et les services que l'on a à sa disposition dans l'habitat, les mobilités ou la gestion des déchets : // Promotion du co-voiturage domicile-travail plutôt que l'investissement dans une nouvelle desserte de transports en commun // Sortie de foyers modestes de la précarité énergétique et économie sur les fonds sociaux // Hausse des loyers hors charges compensée par une baisse des charges individuelles et collectives, etc ...

Quand aux gisements de ressources, ils nous invitent à valoriser les ressources matières parfois insoupçonnées qui passent entre nos mains : // Des biodéchets, dont la collecte est massifiée grâce au tri des habitants, et qui peuvent être valorisés en biogaz ou en compost // Du biogaz dont le tarif de rachat est aujourd'hui garanti par l'état et qui peut venir alimenter un réseau de chaleur urbain // Du compost qui peut être valorisé auprès des agriculteurs locaux, etc ...

Les économies des uns peuvent devenir les ressources locales des autres et inversement. On sort des silos.

Cette valeur générée par les gisements d'économies et les gisements de ressources, pourrait être partagée avec les citoyens au moyen de monnaies locales. Une façon de rétribuer les services rendus à l'environnement et de faire en sorte que la valeur qui aura été produite sur le territoire lui profite en priorité. Ces monnaies pourraient même être connectées aux politiques territoriales en étant affectées à l'échange de biens et services qui favorisent à leur tour les transitions locales. La promesse faite aux citoyens serait double : /Plus de pouvoir d'achat /Et plus de pouvoir d'agir individuellement et collectivement.

Caroline Alazard